Se mettre à la place des élèves différents

 

Certains élèves ne « fonctionnent » pas comme les autres. Les enseignants ont presque toujours du mal à les comprendre et à se mettre à leur place pour pouvoir tolérer leurs difficultés. Si l’enseignant de votre enfant ne se rend pas compte de l’intensité de son trouble ou de l’impact de sa différence, vous pouvez lui conseiller de consulter cette petite liste :

 

Il est possible de se mettre à la place d’un élève dyspraxique en s’imaginant (ou mieux, en faisant l’essai de) passer une journée en écrivant uniquement avec la main non dominante (la gauche chez les droitiers et inversement). Même chez les personnes qui ont eu à écrire de la main gauche après une fracture de la main droite et qui ont acquis une certaine dextérité, cette main ne sera jamais aussi rapide et performante que la main dominante, dont l’écriture est automatisée : facile, rapide et sans effort.

Un élève dyspraxique doit sans cesse écrire de cette façon, avec une écriture qui ne s’automatise pas. C’est un peu comme s’il n’avait pas vraiment de main dominante. Même si son écriture est devenue jolie et assez rapide, il est indispensable d’avoir conscience des efforts que lui demande toute tâche écrite, efforts qui le fatiguent, le découragent et le déconcentrent. Efforts qui occasionnent des résultats irréguliers, car il n’est pas possible de fournir des efforts en permanence. Efforts qu’il fait aux dépens d’autres tâches : écouter l’enseignant, réfléchir, appliquer une règle, organiser ses propos dans une rédaction, comprendre, apprendre…

 

De même, il est facile de se mettre à la place d’un élève dysphasique, qui, lui, ne parvient pas à automatiser le langage. Pour cela, il faut s’imaginer devoir apprendre, à l’âge adulte, une langue étrangère (surtout si l’on a peu de facilités pour les langues). Avec un travail soutenu, un entraînement régulier et un séjour dans un pays où est parlée cette langue, il sera possible d’acquérir un certain niveau de performance, mais s’exprimer dans cette langue restera plus compliqué que parler sa langue maternelle, qui, elle, est automatisée. L’élève dysphasique est dans cette situation. C’est un peu comme s’il n’avait pas de langue maternelle, mais parlait uniquement une langue étrangère. Il peut progresser, réussir de mieux en mieux à s’exprimer, sans trop de difficultés apparentes, mais son langage reste coûteux et ses efforts permanents entraînent, comme pour les élèves dyspraxiques, une charge cognitive et psychologique importante, à ne pas négliger.

 

Pour se mettre à la place de l’élève dyslexique, il faut lire dans une situation où notre lecture n’est pas automatisée. Nous lisons presque toujours horizontalement. Nous avons automatisé ce sens de lecture. Si le texte est écrit de haut en bas, nous pouvons le lire, mais nous devons nous concentrer davantage, prendre plus de temps et faire des efforts que nous ne faisons pas d’habitude pour lire. Nous avons automatisé la lecture horizontale, mais pas verticale. Celle-ci est donc plus coûteuse, plus lente et irrégulière : rapide sur quelques suites de mots, et d’autres fois, hésitante. Obligés à lire de haut en bas, nous sommes moins performants pour lire vite, comprendre, retenir le message et mémoriser l’orthographe des mots que nous ne savons pas encore écrire. Un élève dyslexique lit sans cesse de cette façon. Il n’a automatisé aucun sens de lecture, ni horizontal, ni vertical. Nous pouvons aussi percevoir ses difficultés, en lisant un texte dont les mots ne seraient pas correctement segmentés : « C’estdi manché ilfait beau ».

 

L’élève hyperactif ou qui souffre d’un trouble déficitaire de l’attention peut être comparé à un conducteur qui ne peut réprimer un endormissement au volant. Si nous commençons à ressentir de la fatigue alors que nous conduisons de nuit et que nous ne faisons pas de pause, il devient de plus en plus difficile de rester vigilant, quand bien même nous sommes parfaitement motivés à ne pas sombrer dans le sommeil pour ne pas périr dans un accident. L’élève qui souffre d’un TDAH est dans cette même situation où il est motivé pour rester concentré et attentif, mais où, très vite, ses efforts sont vains. C’est plus fort que lui : il ne peut pas rester concentré en permanence. Par moment, son esprit s’évade, il oublie d’écouter. Il doit faire des efforts de plus en plus soutenus pour suivre le cours et ne pas décrocher, mais ces efforts sont coûteux, insuffisants et de moins en moins efficaces. L’autre gros problème de ces élèves, c’est que ces efforts ne se voient pas et il leur est souvent reproché injustement de ne pas faire assez d’efforts pour se concentrer, alors même qu’ils en font beaucoup et qu’ils ne peuvent pas se concentrer davantage.

 

Il est plus difficile de se mettre à la place d’un élève autiste, car son fonctionnement est particulier et complètement inédit pour une personne neurotypique. Tout d’abord, ses perceptions sensorielles ne sont pas toujours stables et souvent exacerbées. Selon les moments, un élève autiste perçoit peu ou alors fortement les bruits, les odeurs, les contacts physiques… La plupart du temps, ses sensations sont trop intenses : on lui touche le bras et il ressent ce contact comme s’il souffrait d’un douloureux coup de soleil. Il y a du bruit et de l’agitation autour de lui et il est agressé. Il suffit de s’imaginer dans ce même contexte avec un appareil auditif qui multiplie le volume des sons.

De plus, l’élève autiste ne peut pas faire de lien entre ses différentes perceptions. Il prend en compte non pas une image globale, mais une somme de détails qu’il appréhende les uns après les autres, ce qui le fatigue, le distrait (d’où des déficits attentionnels) et ne lui offre qu’un accès limité à la compréhension et à la reconnaissance visuelle (visages, expressions du visage…). Un peu comme s’il fallait regarder le monde à travers un tube de sopalin et voir des détails ou de petits fragments du champ visuel les uns après les autres. La comparaison est imparfaite, car nous pouvons ensuite faire des liens entre les détails que nous avons perçus, ce qui n’est pas le cas de l’élève autiste. Lorsqu’il nous entend parler, il ne peut pas non plus faire de lien entre les différentes parties d’un énoncé. Il doit suivre l’ordre des mots et rechercher l’image correspondante (un autiste pense davantage en images qu’en mots). Il ne peut alors comprendre vraiment qu’un langage correct, scolaire, sans sous-entendu, ni expression au sens figuré, ni implicite. C’est un peu ce qui nous arrive lorsque nous apprenons une langue au collège puis au lycée et que nous voyageons dans un pays où cette langue est parlée. Nous ne pouvons pas saisir d’emblée toutes les finesses et irrégularités de la langue qui ne s’enseignent pas et s’acquièrent avec l’habitude. L’élève autiste ne parvient pas à s’habituer à un langage « imparfait ». C’est un peu comme s’il restait un étranger dans son pays.

 

Enfin, l’élève surdoué est sans doute un des plus difficiles à comprendre, si ce n’est le plus difficile. En effet, comment imaginer son hypersensibilité pour une personne habituée à filtrer les informations, à entendre les bruits dans un volume acceptable, à sentir à peine les contacts physiques, les remarques désagréables… ? L’élève surdoué est comme un écorché vif, dont la peau, l’odorat, les oreilles et l’émotivité reçoivent les informations de façon exacerbée ou même douloureuse. Dans une moindre mesure, il ressent les choses comme un élève autiste. Comment imaginer également sa pensée trop rapide, incessante, ses questionnements et ses préoccupations envahissantes ? Lire des livres sur le sujet ou trouver des informations sur internet, ne permettra pas de se mettre à sa place, mais au moins de mieux le comprendre, l’accepter et l’accompagner.

 

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