Les dangers de l’adolescence

Pourquoi l’adolescence présente-t-elle des risques ?

 

L’adolescence est une période difficile. On pense souvent aux pauvres parents qui doivent supporter des adolescents rebelles, de mauvaise humeur et agressifs, mais l’adolescence est difficile aussi pour les jeunes eux-mêmes. Cependant, ils restent seuls avec leurs soucis et n’osent pas toujours demander de l’aide, car ils ne veulent pas trop s’épancher auprès de leur famille ni montrer leur mal être, leurs difficultés, voire même leurs souffrances. Il est un âge où c’est gênant de parler de soi à ses parents.

Il est de la responsabilité des parents de veiller à protéger les adolescents avant qu’il ne soit trop tard. Bien sûr, on ne peut pas tout éviter et il n’est absolument pas question de culpabiliser qui que ce soit. Certains adolescents cachaient si bien leur désarroi qu’aucun parent n’aurait pu prévoir un suicide ou autre chose.

Mais il vaut mieux être vigilant et ne pas trop se fier à leur sourire apparent et leurs paroles rassurantes.

L’adolescence est une période à risque, y compris pour ceux qui allaient très bien et ne posaient aucun problème pendant l’enfance. Pourquoi ? Parce que le cerveau des adolescents n’est pas encore mature et qu’ils ne voient pas suffisamment le danger, à un âge où ils ont besoin de s’intégrer et être comme les autres, s’amuser et acquérir davantage de liberté, besoins qui peuvent les mener vers des activités préjudiciables telles que fumer, boire, se droguer ou d’autres dangers.

Cependant, il ne faut pas s’angoisser pour rien : la majorité des adolescents vont bien et sont raisonnables. Il faut seulement être conscient des risques et vigilant.

 

Comment protéger son ado ?

 

Il faut parler avec les jeunes et ne pas attendre qu’ils soient en âge d’être confrontés à ces dangers. Il faut en parler souvent, pendant l’enfance, pour habituer l’enfant à percevoir ces pratiques comme dangereuses, pour que ça devienne une évidence, un automatisme pour lui. Malheureusement, ce serait trop beau si ça suffisait. Reste à être attentif au moindre changement de comportement et échanger, communiquer, ne jamais rompre le dialogue et le rapport de confiance, qu’il faut instaurer dès le plus jeune âge.

 

Quels sont les principaux dangers ?

 

La prise de risques : rouler sans casque à toute vitesse en deux roues, s’engager dans une voie en sens interdit, consommer des substances dangereuses, enfreindre la loi sont autant de conduites que les adolescents adoptent, tout en sachant pourtant qu’elles comportent des risques. Ils grandissent et veulent se sentir libres, se sentir vivre à fond, s’éclater et tester les limites : les limites extérieures (les règles qu’on leur impose) et leurs propres limites (Sont-ils capables ? Sont-ils assez courageux ?).

La prise de risques chez l’adolescent s’explique en partie par un phénomène neurologique : le développement du cerveau de l’adolescent est à un stade où certaines aires sont plus matures que d’autres. La zone qui gère les émotions et le système de la récompense (pour trouver du plaisir aux activités) est mature alors que le cortex préfrontal ne l’est pas encore. Malheureusement, c’est ce dernier qui est requis pour prendre des décisions réfléchies, contrôler son comportement, juger du danger et éviter les prises de risque. L’adolescent est donc capable de ressentir des émotions positives en adoptant des conduites risquées, mais pas encore d’être pleinement conscient du caractère dangereux de ces conduites. Il a alors tendance à choisir le plaisir plutôt que la sécurité. De plus, les prises de risques sont banalisées : « Tout le monde fume du cannabis au lycée, ce n’est pas grave ».

L’effet de groupe est également déterminant. Accompagné d’un jeune du même âge, un adolescent est « encouragé » à adopter des conduites à risque, car ça lui permet d’être mieux perçu et accepté. C’est une influence très puissante chez les adolescents, notamment dans les cas de harcèlement. En groupe, un adolescent peut faire des choses qu’il ne ferait jamais seul. L’adolescent a beaucoup de mal à dire non à ses amis.

 

Le tabac : dès l’enfance, lorsque le jeune est encore réceptif au discours parental, il faut parler des dangers du tabac régulièrement, afin d’ancrer dans son esprit qu’il aurait tout à perdre à commencer à fumer. L’argument de la santé et du risque d’attraper un cancer n’est pas efficace pour un enfant ou un adolescent. A cet âge, on se croit immortel ou plutôt, on défie le danger pour se faire croire qu’on ne risque rien.

Il faut expliquer que fumer entraine de nombreux inconvénients :

* On perd de l’argent. Un paquet de cigarettes par jour, c’est 200 euros par mois, 2400 euros par an. Sur un salaire de 1500 euros, ça fait une sacrée dépense. Nous n’avons pas besoin de fumer avant d’avoir essayé. Pourquoi se créer un besoin qui nous coûtera si cher ?

* On tombe dans un double piège : celui de la dépendance et celui qui est tendu par les industriels du tabac qui doivent trouver sans cesse de nouveaux clients, puisque leur produit en tue une partie, qu’il faut remplacer. Afin de rendre les jeunes fumeurs dépendants rapidement, les cigarettes contiennent des substances très toxiques qui rendent dépendants au tabac en quelques jours seulement. L’enfant a-t-il envie de tomber dans ce piège ? Une fois la dépendance installée, il sera obligé de fumer, il ne sera plus libre. Il faut insister sur le fait que tous ceux qui ont commencé à fumer se sont rassurés en se disant que cette dépendance ne leur arriverait pas à eux, qu’ils seraient plus forts. Mais non, on ne peut pas lutter contre cette dépendance. C’est un mécanisme biochimique au niveau du cerveau et la volonté n’y change rien.

* Fumer est un signe d’immaturité : seuls les adolescents tombent dans ce piège, aucun adulte ne commence à fumer. C’est une bêtise que l’on fait lorsqu’on est très jeune, 12, 13, 14 ans… Très rares sont les jeunes adultes qui commencent à fumer après 18 ans. Montrer à l’enfant le paradoxe qu’il y a entre le fait de fumer à 13 ans pour se sentir plus grand, alors même que c’est un signe d’immaturité : seuls les petits commencent à fumer. Les adultes eux, fument parce qu’ils n’arrivent plus à s’arrêter. Si c’était à refaire, la plupart d’entre eux ne commenceraient pas.

* Fumer oblige à supporter des situations peu confortables : afin d’assouvir le besoin de fumer, il faut sortir par tous les temps acheter des cigarettes alors qu’on pourrait rester au chaud chez soi, il faut aussi sortir fumer parce que c’est interdit à l’intérieur… On peut montrer aux enfants ces fumeurs qui semblent frigorifiés devant les magasins.

* Fumer fait vieillir trop vite : le teint de la peau est altéré, les dents jaunies, la voix cassée, le souffle coupé. Le tabac favoriserait aussi l’acné.

* Fumer met en danger les enfants à venir : fumer « salit » les cellules des futurs parents et augmente le risque de malformations et de troubles cognitifs chez le bébé, y compris si la future mère arrête de fumer avant d’être enceinte. Des études ont montré un lien entre la consommation de tabac avant ou durant la grossesse et l’apparition de pathologies neurologiques : autisme, hyperactivité, dyslexie… Ce n’est pas étonnant lorsque l’on sait que les cigarettes contiennent de très nombreux poisons : ammoniac, arsenic, goudrons… et même du polonium 210 qui est radioactif. Pour une personne qui fume 30 cigarettes par jour, la dose de radiation fournie par le polonium 210 équivaut à celle de 300 radios de poumons par an ! Et comme l’organisme a « tendance » à stocker la radioactivité reçue, comment un bébé fabriqué au sein d’un tel organisme pourrait-il être indemne ?

 

L’alcool : dans notre culture, boire est signe de convivialité. On ne peut pas concevoir un repas entre amis sans une « bonne » bouteille. Nos jeunes apprennent donc très tôt que boire est lié au plaisir, au bien-être. Comment pourraient-ils se méfier de l’alcool une fois en âge de s’en procurer ? A l’adolescence, bon nombre d’entre eux manquent d’assurance et comptent sur l’alcool pour se détendre en soirée, se désinhiber afin d’oser parler, danser… Tout comme fumer, boire sert aussi à faire comme tout le monde, pour se sentir intégré et normal.

Il faut faire comprendre aux enfants qu’il n’est peut-être pas dangereux de boire occasionnellement un verre de vin et un apéritif lors d’un repas, mais que c’est une boisson qui n’est pas anodine. L’alcool doit être bu avec parcimonie, car à trop forte dose, il est très dangereux. L’alcool tue, sans même conduire un véhicule : traverser sans faire attention peut être fatal. Il y a eu également quelques faits divers ces dernières années où des jeunes qui sortaient de soirées tombaient dans un cours d’eau et se noyaient, car trop enivrés pour réussir à nager.

Les jeunes doivent avoir conscience aussi que l’alcool rend ridicule. Combien de fêtards se sont retrouvés dans des situations humiliantes ou se sont comportés de façon minable après avoir trop bu ? Cela peut être un argument convaincant, car les adolescents sont très sensibles à ce que leurs pairs voient et pensent d’eux. Ils boivent souvent pour faire comme leurs amis, mais ils peuvent comprendre que c’est moins grave de passer pour une mauviette pour avoir refusé de boire, que de se retrouver en vidéo sur YouTube, ivre et à moitié nu ou dans d’autres positions dégradantes.

L’alcool peut créer une dépendance et engendrer une maladie, l’alcoolisme, qui détruit la vie du buveur et de son entourage. Alors que l’alcool est apprécié pour favoriser la convivialité, il finit par détériorer les relations. Les adolescents sont sensibles aux liens et à la liberté. Leur faire comprendre que boire peut compromettre leurs relations et les priver de liberté. Lorsqu’ils ont bu, ils ne contrôlent plus leurs paroles et leurs comportements, ils perdent la maîtrise de leur vie et peuvent dire ou faire des choses qu’ils regretteront.

 

La drogue : elle est interdite et c’est en partie ce qui la rend si attrayante pour les jeunes. Ses autres « intérêts » sont de détendre, libérer du stress, désinhiber et faire comme les autres. Tout cela explique l’attrait important qu’elle exerce sur une part de plus en plus importante des adolescents et jeunes adultes.

Le meilleur moyen de dissuader un adolescent de recourir à ces substances illicites (le fameux joint, pour commencer) n'est pas de lui parler des dangers ou de la loi, mais surtout de lui dire qu’il existe des tests salivaires ou urinaires qui permettent de détecter une consommation de drogue, y compris si elle date de plusieurs heures ou plusieurs jours. Lui dire que vous détenez un test (en vente sur internet ou en pharmacie) et qu’au moindre doute, vous n’hésiterez pas à l’utiliser. Le doute est facile à avoir et le jeune doit savoir que vous savez comment repérer une consommation de cannabis : le regard est particulier, avec des pupilles plus larges et un air plus ou moins hébété.

Ne pas oublier aussi de dire ou redire que la consommation fréquente de cannabis détruit le cerveau. Des études ont montré une baisse du QI importante chez les consommateurs réguliers. Ce qui ne veut pas dire qu’une consommation très occasionnelle est sans conséquence. De plus, chez certaines personnes plus sensibles, le cannabis peut déclencher des symptômes de type schizophrénique plus ou plus persistants, voire la survenue d’une schizophrénie qui perturbera toute la vie du malade.

En ce qui concerne les autres drogues, leurs effets sont bien pires, avec en prime une dépendance tenace.

 

Le sexe : le sexe peut être dangereux, surtout pour un adolescent. Je ne parle pas seulement des risques de grossesse et de transmission de maladies graves, mais de violence. Il faut prévenir les jeunes que certaines personnes sont malades et ont des comportements sexuels déviants et dangereux. Ils ne doivent jamais accepter des pratiques pour lesquelles ils ne sont pas vraiment consentants, qui les choquent ou qui leur paraissent humiliantes. Si leur partenaire insiste, ils doivent se méfier au plus haut point. Attention également aux vidéos et photos prises pendant les ébats. Ne jamais faire confiance à un partenaire qui veut garder une trace visuelle. Certaines images très gênantes postées sur internet ont conduit des jeunes au suicide.

 

Internet : le principal danger est l’utilisation qui peut être faite des informations et photos postées : usurpation d’identité, harcèlement, menaces, mise en ligne de photos compromettantes… Il faut aussi que les jeunes aient conscience que derrière les « amis » rencontrés sur internet, se cachent parfois des adultes bien plus âgés qu’eux, à la recherche d’une proie. Il faut insister sur le fait qu’il ne faut jamais publier d’informations personnelles et si possible de photos de soi sur internet. Les jeunes laissés sans surveillance devant un écran peuvent aussi être confrontés à des images et des informations violentes ou dangereuses. Tous les parents connaissent ce danger d’internet, mais les adolescents n’en ont pas conscience.

 

L’échec scolaire : de nombreux jeunes risquent de voir leurs résultats baisser au collège ou au lycée, à partir de la classe de 4ème le plus souvent. Pourquoi ? Parce que ce sont des jeunes qui n’arrivent pas à s’adapter au rythme ou aux façons différentes de travailler requises en fin de collège, et ce, pour différentes raisons :

* Un trouble d’apprentissage passé inaperçu (déficit de l’attention ou dyslexie généralement) que l’enfant a réussi à compenser jusqu’en 5ème. En cas de doute, demander au minimum un bilan orthophonique à la recherche d’une dyslexie cachée, même si la lecture paraît satisfaisante, et surtout si l’orthographe est médiocre. Si la copie est difficile (lenteur, erreurs de copie, oublis de mots) ou si l’écriture cursive est coûteuse, demander un bilan orthoptique neurovisuel. Ces deux bilans sont pris en charge par l’assurance maladie, sur prescription médicale. Il peut être opportun également de faire vérifier la vue, surtout en cas de maux de tête. Au cas où un bilan orthoptique serait programmé, pas de souci : il débutera par une évaluation de l’acuité visuelle.

* Une précocité intellectuelle, détectée ou non, qui n’a pas donné l’occasion à l’enfant d’apprendre à travailler et à fournir des efforts. Se sentant moins à l’aise, avec des résultats en baisse, beaucoup d’élèves à haut potentiel se découragent. Il ne faut pas oublier qu’ils ont peu confiance en leurs capacités, car ils n’ont pas appris à être en difficulté. Le moindre obstacle leur fait penser qu’ils ne sont pas capables de réussir. Il est très important d’expliquer et répéter souvent à l’enfant, puis à l’adolescent qui a toujours été très bon élève, que s’il se sent en difficulté, ce n’est pas parce qu’il est incompétent, mais trop peu habitué à se creuser la tête.

L’échec scolaire peut aussi être le symptôme d’un manque de motivation. Il faut alors chercher avec l’adolescent pourquoi il n’a plus envie de travailler. J’ai déjà cité le manque d’assurance et les troubles d’apprentissage. Il peut y avoir d’autres causes : manque de projet professionnel, état dépressif, difficultés relationnelles… Devant un élève en difficulté ou en décrochage scolaires, il faut avant tout chercher à comprendre ce qui lui arrive. Dans les établissements scolaires ou directement au CIO, les conseillers d’orientation psychologues (COP) testent les élèves et fournissent des informations sur les filières et métiers compatibles avec leur profil d’apprentissage (capacités intellectuelles et attentionnelles, troubles d’apprentissage…). Une rencontre avec les professeurs, notamment le professeur principal, est une des premières choses à faire en cas de chute des résultats avérée.

L’échec scolaire peut être imputable également à une addiction aux jeux vidéo ou en ligne, sur lesquels certains adolescents passent énormément de temps, y compris la nuit. Ils se réfugient dans ces jeux pour fuir une réalité qui ne leur convient pas. Ils risquent d’être trop fatigués et trop peu concentrés pour suivre en classe, mais surtout de se désocialiser et perdre le goût des activités et relations « réelles ». Attention à ne pas laisser un jeune « s’enfermer » dans ces jeux.

 

La phobie scolaire : elle n’est pas forcement en rapport avec le travail scolaire. Chez l’enfant, elle est souvent associée à une inquiétude au sujet d’un parent, la mère généralement : l’enfant s’inquiète pour sa mère qui ne va pas bien, parce qu’elle est déprimée ou malade. Durant la journée d’école, il  n’est pas près d’elle pour voir comment elle va, ce qui l’inquiète beaucoup, quoique souvent inconsciemment. L’école est associée à une angoisse, car elle matérialise la séparation d’avec la mère. La phobie scolaire de l’enfant est souvent une angoisse de séparation. Prise en charge rapidement, la phobie scolaire de l’enfant peut se résorber rapidement, parfois uniquement avec quelques paroles rassurantes : « Tu n’as pas à t’inquiéter, Maman ne risque rien quand tu es à l’école et elle n’est pas malheureuse sans toi ». Il est important aussi que le parent fragile explique ce qui le fait souffrir, afin d’éviter que l’enfant n’imagine quelque chose de pire que la réalité.

Pour l’adolescent, l’angoisse porte plutôt sur les résultats scolaires (chez les élèves perfectionnistes), les relations avec les professeurs ou les camarades de classe (intimidation, menaces, harcèlement, humiliations). Au moindre signe d’angoisse liée au collège ou au lycée, il faut ouvrir le dialogue et chercher à savoir si un événement a perturbé ou effrayé le jeune. Si une phobie scolaire semble s’installer, il faut rencontrer les professeurs, l’infirmière scolaire, le médecin scolaire ou traitant… Il faut agir très vite, car il est très difficile de faire reprendre les cours à un élève déscolarisé.

Si c’est trop tard, des aménagements sont possibles pour que l’élève poursuive sa scolarité :

* Les établissements soins-études sont des internats médicalisés.

* Le SAPAD est un service de soutien scolaire à domicile, gratuit et disponible à partir d’une absence pour maladie de plus de deux semaines. La demande est à faire conjointement avec l’établissement scolaire. Ce sont des professeurs volontaires (si possible ceux de l’élève) qui donnent quelques heures de cours particuliers par semaine, payées en heures supplémentaires. L'intervention du SAPAD peut compléter une scolarisation à temps partiel.

* Le CNED est un service d’enseignement à distance. Les frais sont gratuits jusqu’à 16 ans, en cas de maladie. La phobie scolaire peut entrer dans ce cadre-là, sur justificatif médical.

 

Le harcèlement et la maltraitance en milieu scolaire. Il faut absolument faire parler le jeune s’il ne veut plus aller au collège ou au lycée, s’il développe des symptômes psychosomatiques sévères, si son comportement change et qu’il paraît angoissé. En cas de harcèlement, il faut lui montrer que vous le croyez et que vous allez l’aider. Mais attention, il ne faut pas faire n’importe quoi au risque de lui attirer des représailles, sauf s’il est en danger, auquel cas, il peut être judicieux de porter plainte. Prévenir le chef d’établissement paraît indispensable, mais peut mettre l’élève dans une situation délicate si l’équipe éducative ne gère pas la situation habilement. Il vaut toujours mieux que les « agresseurs » ne soient pas au courant que la « victime » est allée « rapporter ». D’ailleurs, les parents d’enfants régulièrement agressés ne sont pas toujours entendus au sein des établissements. La violence entre élèves est encore parfois niée et minimisée.

Si le harcèlement a lieu sur les réseaux sociaux (photos dévalorisantes, insultes, incitation à la haine sur Facebook), il est fait à la vue de tous et il n’est alors plus possible de ne pas porter plainte.

Dans les cas plus discrets, le mieux à faire est de commencer par prendre des renseignements auprès de services (Numéro vert « Non au harcèlement » : 3020) ou d’associations, pour réfléchir avec le plus de données en main avant de réagir.

Le jeune aura sans doute besoin d’une prise en charge psychologique pour l’aider à trouver comment se défendre et surtout devenir plus fort psychologiquement, pour que les autres arrêtent de le percevoir comme une cible privilégiée, car il montre trop de fragilité, de timidité et de sensibilité. Changer d’établissement peut être envisagé, parfois même indispensable, mais risque de ne pas être suffisant. Si l’adolescent paraît trop sensible, il trouvera toujours des « camarades » de classe qui se feront un plaisir de le prendre comme bouc émissaire.

Le livre d’Emmanuelle Piquet « Te laisse pas faire » explique quelles sont les meilleures manières de réagir en cas de harcèlement : 

http://www.amazon.fr/Te-laisse-pas-faire-harcelement/dp/2228911526/ref=sr_1_1/278-6793889-7844432?ie=UTF8&qid=1453321935&sr=8-1&keywords=te+laisse+pas+faire

 

Le suicide : c'est la deuxième cause de mortalité des 15-24 ans, après les accidents de la route. Les tentatives de suicide sont deux fois plus fréquentes chez les filles et les femmes, mais plus souvent mortelles chez les garçons et les hommes : trois quart des suicides « réussis » sont le fait de sujets masculins. Il ne faut pas croire que ça n’arrive qu’aux autres : 5,5 % des personnes feront au moins une tentative de suicide au cours de leur vie. Plus de 10 000 personnes meurent ainsi chaque année en France, dont 500 à 600 jeunes de moins de 25 ans. A 15 ans, près de 21 % des filles et près de 9 % des garçons ont déjà tenté de se suicider.

Le suicide est l’ultime conséquence d’une dépression, d’un événement traumatisant (longue période de harcèlement, humiliation publique ou sur internet…) ou d’une peur (échouer à un examen, annoncer une grossesse à sa famille, révéler son homosexualité ou avoir commis un méfait qui est sur le point d’être dévoilé). Le plus souvent, le suicide a plusieurs causes qui se sont accumulées sur un laps de temps plus ou moins long.

Dans de nombreux cas de suicide, l’entourage s’étonne en pensant : « Mais il avait tout pour être heureux ». Le suicide est ce que le suicidaire considère comme le dernier recours pour ne plus souffrir lorsqu’il a perdu tout espoir de voir sa condition s’améliorer. S’il avait vraiment tout pour aller bien, il n’en arriverait pas là.

Souvent aussi, ses proches, parents et amis n’ont rien vu venir. Le jeune en souffrance a caché et tu sa détresse. Derrière leur attitude rebelle et sûre d’eux, ils sont fragiles, à cet-âge. Il faut donc être très attentif au moindre changement de comportement ou signe de mal être chez un adolescent : baisse d’appétit, troubles du sommeil, baisse des résultats scolaires, agressivité, tristesse, allusions discrètes dans son discours : « Je ne sais pas si je pourrai venir avec vous, je ne serai peut-être plus là », « J’en ai marre de tout, de cette vie… ».

Méfiance surtout si le jeune est différent : porteur d’un handicap, d’une maladie ou d’un trouble d’apprentissage, intellectuellement précoce, homosexuel, trop petit ou trop gros, d’origine étrangère ou de couleur…

Attention aussi aux adolescents trop sensibles (et/ou intellectuellement précoces) : ils peuvent aller très mal en l’absence de cause apparente. Il leur manque seulement la force de vivre ou le sentiment de compter pour les autres. Il faut penser à rassurer régulièrement les enfants et les adolescents sur l’amour qu’on leur porte, quand bien même ils sont insupportables.

 

L’anorexie : elle touche 2 % des adolescents, avec une très grosse proportion de filles,  principalement celles qui sont peu sûres d’elles et perfectionnistes. Lorsque dans leur scolarité ou leurs relations, elles ont l’impression de perdre le contrôle, elles trouvent un moyen de reprendre la maîtrise de leur vie en contrôlant leur image, leur corps, leur alimentation. Très vite, elles perdent le contrôle et ne peuvent plus se nourrir correctement, suffisamment et librement. C’est une maladie complexe qui s’installe à bas bruit et qui passe longtemps inaperçue, à un âge où il paraît normal qu’une jeune fille soit soucieuse de sa silhouette et s’impose quelques restrictions. Lorsque la famille prend conscience de la dénutrition et de l’enfermement dans lequel est tombé l’anorexique, le processus est déjà bien installé et il sera d’autant plus difficile et long d’en sortir que le diagnostic et la prise en charge seront tardifs.

Deux gros problèmes se posent en cas d’anorexie : le déni et l’altération de la perception du corps. L’anorexique se voit énorme et ne perçoit pas qu’elle a un problème avec la nourriture ni qu’elle est malade. Même très maigre ou squelettique, elle se trouve trop grosse et veut perdre encore quelques kilos.

Il est très important de réagir vite, car plus la prise en charge débute précocement, plus l’anorexique aura de chances de ne pas gâcher plusieurs années de sa vie dans l’esclavage de cette maladie. Quoi qu’il en soit, le traitement sera long, avec des rechutes, d’autant qu’il existe peu de centres spécialisés en France.

Dès qu’un jeune commence à faire un régime, il faut l’avertir des risques de trop se focaliser sur son poids et d’entrer dans cette maladie redoutable qui va lui voler plusieurs années de sa vie : beaucoup de temps perdu dans les consultations voire les hospitalisations, isolement (les relations sont mises à mal en cas d’anorexie), danger pour sa santé, fatigue, frilosité, maux de tête, angoisses, et surtout impossibilité de mener une vie normale d’adolescent et de profiter de la vie.

Il faut parler aux adolescents de cette maladie qu’ils connaissent trop peu, afin qu’ils sachent qu’il y a un risque à trop vouloir perdre du poids. Si le poids est réellement trop élevé et qu’il est souhaitable que le jeune perde quelques kilos, il est préférable de l’encadrer en se faisant aider par un médecin, un nutritionniste ou un diététicien.

L’anorexie est sans doute le plus connu des troubles des conduites alimentaires, mais n’est pas le seul. Chez d’autres, l’angoisse s’exprimera sous d’autres formes tout autant douloureuses : boulimie (parfois associée à l’anorexie, car le jeune se fait vomir et contrôle sa prise de poids), orthorexie (obsession pour le choix des aliments afin de manger très sain), phobies alimentaires…

 

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